Le développement de l’Afrique, un défi mondial
Reconnaissons que la mondialisation a fait surgir de nouvelles menaces. L’ennemi était plus facile à repérer avant : il s’agissait d’un pays, d’une idéologie ou parfois d’une soi-disant subversion interne qui était une façon de percevoir les crises économiques et sociales. On réalise aujourd’hui que l’ennemi est plus complexe, qu’il peut être partout.
L’ennemi est tout simplement dans l’insécurité humaine et j’ajouterais dans la vanité humaine. Il s’incarne dans les armes destructrices que nous déployons sottement de par le monde (nous dépensons ainsi quinze fois plus pour nous armer que pour nous entraider). Il est dans l’égoïsme et la suffi sance qui sont en nous, qui s’incarnent dans le maintien d’îlots de pauvreté intolérable et dans un système commercial et fi nancier international où l’argent est aspiré des pays pauvres vers les pays riches de façon licite ou illicite. A tel point que nous prenons aux pauvres quatre fois plus que nous ne leur donnons.
L’ennemi est aussi dans la recherche du gain à court terme, qui menace la survie des riches comme des pauvres en provoquant la dégradation de l’environnement, les pressions démographiques, la perte de la biodiversité et de plusieurs millions d’hectares de terres fertiles ainsi que de millions d’hectares de forêt chaque année.
Pour nous attaquer à ces ennemis de l’humanité, nous devons faire admettre cette évidence que nous vivons tous dans un seul et même monde. Comment convaincre nos gouvernements qu’ils doivent à présent vraiment travailler de concert pour façonner un nouveau modèle de coopération mondiale qui seul peut permettre à l’humanité de surmonter les défis du 21ème siècle ?
Nous devons nous inspirer de Buchman, de Schuman et d’autres pour instaurer un dialogue véritable entre dirigeants politiques, économiques ou spirituels et personnalités de la société civile profondément motivés et conscients de leur responsabilité. C’est ce que nous ambitionnons au Forum de Caux pour la sécurité humaine : faire évoluer la logique politique traditionnellement focalisée sur le court terme et faire en sorte que la diplomatie se mette à l’écoute des citoyens, qu’elle prenne en considération les blessures profondes accumulées au cours de l’Histoire et les questions environnementales.
Il faut viser à la mise en place d’un système de compréhension, de dialogue et de solidarité sur plusieurs plans :
- Consolider la bonne gouvernance, partout, en récompensant le bon exemple, en luttant contre la corruption entretenue souvent par des forces occultes.
- Jeter les bases d’un développement durable. On ne peut se développer aux dépens de notre environnement. Cela peut devenir un suicide collectif.
- Enraciner une culture de paix partout dans le monde. Par l’éducation, la formation, le dialogue et la charité. Cela marcherait mieux et coûterait moins cher que ces interventions militaires qui portent un tort considérable aux populations que l’on croit sauver.
A mesure que s’accroît l’interdépendance à l’échelle planétaire, la pertinence de la vision qui a présidé à la création des Nations-Unies apparaît plus forte. Il faut aider nos gouvernements à traduire concrètement les engagements pris dans le sens des buts et des principes de la Charte des NU.
Dans chaque pays, riche ou pauvre, membres et sympathisants d’Initiatives et Changement doivent se mobiliser pour favoriser le changement, le dialogue et l’élan vers une véritable et profonde solidarité humaine. La mondialisation qui nous apporte de nouvelles menaces nous donne aussi de nouveaux moyens d’action. C’est notre seul espoir d’apporter à l’Afrique et au monde la sérénité nécessaire à son développement.
Mohamed Sahoun, président du Forum de Caux pour la sécurité humaine
(texte paru dans la revue Changer n°338, juillet-août 2009)
N.B : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.
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