Portrait de Mohamed Sahnoun, ancien président d'I&C International, "inlassable avocat de la famille humaine" dans le quotidien français La Croix

Mohamed Sahnoun, inlassable avocat de la famille humaine

Le diplomate, ancien négociateur onusien des crises de l’Afrique, travaille sur un projet de déclaration sur la sécurité humaine, prenant appui sur les acteurs de la société civile.

FRANÇOIS D’ALANÇON, dans le quotidien français La Croix du 27 novembre 2009

« Le fond du problème, c’est l’ignorance d’un point fondamental : aucune population ne peut vivre isolée dans une sorte de forteresse, à l’abri de la détérioration des conditions de vie du reste de l’humanité. Nous n’avons pas assez conscience du fait que nous sommes tous sur le même bateau. Certains vivent dans des cabines de première classe, d’autres dans la soute, mais si le navire doit chavirer, nous serons tous concernés. » De passage à Paris, à l’occasion de la remise du prix de la Fondation Jacques Chirac pour la prévention des conflits à deux hommes de paix nigérians [+], au début du mois, Sahnoun répète inlassablement son message : face aux défis de la « sécurité humaine », la solidarité doit l’emporter sur l’égoïsme.

« On parle beaucoup du réchauffement climatique et de la crise économique et financière, comme si c’était quelque chose de passager. Mais le lien entre la sécurité internationale et la pauvreté globale est évident, ajoute l’ancien ambassadeur. Regardez la Somalie, un État défaillant où la piraterie maritime devient un moyen de survie. L’ONU prévoit en 2050 une population mondiale de 9,15 milliards d’habitants contre 6,8 milliards d’habitants aujourd’hui, une croissance réalisée à 98 % dans les pays en développement. Dans le même temps, selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm, les dépenses d’armement ont atteint 1 464 milliards de dollars en 2008, tandis que l’aide au développement s’élevait à moins de 100 milliards de dollars. Nous dépensons quinze fois plus pour nous entretuer que pour nous entraider. »

Ancien conseiller spécial de Kofi Annan pour la Corne de l’Afrique, Mohamed Sahnoun a fondé et préside le Forum de Caux pour la sécurité humaine, organisé par Initiatives et changement international, une ONG basée en Suisse avec un statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies. Chaque été, depuis 2008, des diplomates, hommes politiques, hommes d’affaires, universitaires ou militants de la paix, en provenance des cinq continents, se réunissent pendant cinq jours, au bord du lac Léman, pour partager leur expérience, leurs convictions et leurs projets.

En juillet 2009, cinquante délégués indiens et pakistanais ont pu y mener des discussions sur les questions qui divisent leurs deux pays. Même chose pour un groupe de responsables palestiniens et israéliens qui ont décidé de créer un comité pour l’organisation de rencontres israélo-palestiniennes entre leaders d’opinion.
Pour encourager la recherche d’une meilleure gouvernance, le prochain Forum, prévu en juillet 2010, doit discuter d’un projet de déclaration sur la sécurité humaine qui serait ensuite adopté par une conférence internationale. Ancien coprésident de la commission internationale à l’origine du rapport sur « la responsabilité de protéger », Mohamed Sahnoun croit au rôle des différents acteurs des sociétés civiles pour faire changer les mentalités, plus qu’aux hommes politiques qui, dit-il, « ne s’intéressent pas aux causes profondes et gèrent leurs intérêts à court terme ».

Ce fils de soufi, militant de l’indépendance algérienne, n’a jamais cessé de croire à la puissance de l’esprit. « Il y a des populations de plus en plus fragilisées, y compris dans les pays développés, insiste-t-il. La gouvernance nationale et internationale progressera par le développement économique, l’éducation et l’information. Ce processus ne peut se réaliser que par étapes. Pour que des populations puissent exiger de leurs responsables politiques qu’ils répondent de leurs actes, il faut qu’elles puissent se préoccuper d’autre chose que de survie quotidienne. La crise est un appel à nous réveiller dans l’espoir que les tempêtes deviendront des temps de croissance spirituelle. Il faut réviser nos idées reçues et notre échelle de valeurs en tant que membres de la famille humaine. »

 

Encadré :

Décembre 2001, le principe de « la responsabilité de protéger »

Coprésidée par Mohamed Sahnoun et l’ancien chef de la diplomatie australienne Gareth Evans, la Commission Internationale de l’intervention et de la souveraineté des Etats, créée à l’initiative du Canada et d’un groupe de grandes fondations, rend compte en décembre 2001 de ses travaux au secrétaire général des Nations unies de l’époque, Kofi Annan. Composée de 12 personnalités indépendantes, elle a élaboré le concept de « la responsabilité de protéger » : les États souverains ont la responsabilité de protéger leurs propres citoyens contre les catastrophes évitables mais lorsqu’ils s’y refusent ou ne sont pas en mesure de le faire, cette responsabilité incombe à la communauté internationale. Ce principe a été adopté en 2005 par l’Assemblée générale de l’ONU.

 

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